Épisode 7 : Premier livre
- Jeanne SABOUREAULT
- il y a 2 jours
- 5 min de lecture

Nouvelle résolution de l’année 2026 : réapprendre à écrire et à illustrer pour le plaisir.
Ça fait, en effet, un petit moment que je n’ai pas écrit de petit article sur ce blog.
Pour le dire franchement, je me suis fait EXPLOSER par 2025.
Mais, j'ai eu le temps de me reposer et, je suis pleine de bonne volonté pour reprendre les choses que j'adorais faire : écrire, raconter des histoires, dessiner sans but.
C’est drôle de penser au mot « explosion » pour signifier qu’on a tout donné.
J’ai donc été voir la définition :« Fait de se rompre brutalement en projetant des fragments. »« Qui emprunte son énergie à l’expansion d’un gaz, provoquée par la combustion rapide d’un mélange carburé (mélange détonant). »(Dictionnaire Robert).
C’est exactement la sensation que j’ai eue : celle de tirer sur la corde et sur mes ressources, et celle d’emprunter une énergie inventée pour travailler plus dur, plus longtemps, sans vraiment savoir combien de temps ça tiendrait ni combien de temps ça allait dûrer.
Pour la petite histoire, en juillet 2024, comme chaque été, j’avais un peu moins de projets qu’habituellement. Je me suis donc dit que c’était le moment idéal pour revoir tous les textes que j’avais écrits. Plutôt que de les abandonner à leur triste sort : celui de rester un pauvre "sans titre numéro 3000".
J’ai décidé d’en reprendre un qui me parlait particulièrement, de le réécrire et de le mener jusqu’au bout, jusqu’à en être satisfaite.
C’est ainsi que j’ai remis les mains dans un vieux texte de 2018 qui s'appelait alors "Au bout du jardin", réécrit une première fois en 2023 sous le nom "Le Tambour".
En parallèle, j’ai relu un autre texte plus récent, écrit en 2024 et qui devait devenir une BD. Je me suis rendu compte que certaines anecdotes, certains contextes, résonnaient très bien ensemble.
Et, pour la première fois de ma vie, je me suis dit :« Peut-être que cette histoire-là vaut le coup d’être envoyée à des éditeur·ices. »
J’ai donc envoyé Le Tambour, en plein mois de juillet 2024, à une dizaine d’éditeur·ices.
Et j’ai attendu.
Juillet est passé.
Août aussi.
Dans ma boîte mail, il n’y avait que des refus ou des réponses automatiques de maisons d’édition en vacances. Les « non » n’étaient pas toujours expliqués, ce qui ne m’aidait pas à envoyer d’autres mails, alors même que ma liste d’éditeur·ices dont j’apprécie le travail était encore longue.
Il restait trois Maisons d’Édition sans réponse. J’ai essayé d’y croire encore un peu.
Fin août, le travail est revenu, et j’ai mis le livre dans un petit coin de ma tête.
Mais s’il y a bien une chose que j’ai apprise dans ce métier, c’est qu’il faut être persévérant·e. Même quand on n’est pas à l’aise avec l’idée. Même quand il faut avoir du culot, mettre sa fierté de côté et accepter d’avoir un peu honte ou peur.
Spoiler : on n’en meurt pas, même si c’est horriblement gênant parfois.
J’ai donc osé demander à l’une des maisons d’édition qui m’avait répondu « non » si elle accepterait de m’expliquer pourquoi. J’ai fait attention à ne pas insister : je voulais vraiment comprendre, pour améliorer mon dossier.
Elle m’a répondu très gentiment qu’iels n’arrivaient pas à identifier le public visé par mon texte. C’était la raison de leur refus.
Grâce à ce retour, j’ai retravaillé mon dossier, en précisant mieux l’âge cible. Et, toujours en laissant ma fierté de côté, j’ai renvoyé cette version corrigée aux trois éditeur·ices qui ne m’avaient pas encore répondu, en espérant qu’iels n’aient pas vu le premier mail.
Début septembre 2024, les Éditions Panthera m’ont proposé d’illustrer le livre de France Quatromme, Les Trois Compagnes, prévu pour une publication en avril 2026.
J’ai sauté de joie. Mon rêve de faire un livre devenait réalité, même si ce n'était pas "Le Tambour'.
Quelle chance de pouvoir collaborer avec une maison d'Éditions et une autrice pour faire un album jeunesse !
À ce moment-là, je me suis fait une raison concernant Le Tambour.
Sur les trois maisons d’édition restantes, deux n’avaient toujours pas répondu, et je me suis dit que ça n’arriverait sans doute jamais. Comme je venais de signer pour un livre, j’ai décidé de reporter ce projet à plus tard.
L’automne est arrivé avec quelques contrats : trois gros projets pour début 2025 (2 fresques et une BD informative pour OXFAM), puis d’autres projets plus modestes que j’ai acceptés. Le rythme s’est accéléré, parfois un peu trop, mais j’étais soulagée de retravailler. Quand on est freelance, les périodes creuses inquiètent vite, et financièrement, les deux mois d’été m’avaient bien secouée.
Mi-octobre, alors que mon agenda était quasiment rempli par les marchés d'illustrations ou les commandes jusqu’en mars, j’ai reçu ce mail inattendu et merveilleux de la maison d’édition MeMo :
« Bonjour Jeanne, Merci de votre confiance et de l’intérêt que vous portez à notre maison. Bravo pour ce beau projet, sensible et subtil. C’est un bel hommage, l’histoire est universelle et tout enfant peut s’y retrouver. À tout hasard, auriez-vous un chemin de fer ou des images supplémentaires à nous montrer ? Bonne journée. »
J’ai d’abord explosé de rire. Ensuite, j’ai pleuré de vraies grosses larmes de joie.
Pourtant, rien n’était encore fait.
Je me suis surtout rendu compte que je n’avais pas de chemin de fer. J'avoue même avoir googlé "Comment faire un chemin de fer"et demandé à des copines qui illustrent des livres à quoi ça doit ressembler. La honteeeee !
Je ne savais absolument pas quand ni comment j’allais trouver le temps de produire quelque chose de solide sans faire patienter cette éditrice trop longtemps.
Je lui ai répondu que j’aimerais améliorer le projet (en parlant du chemin de fer inexistant) et lui ai proposé qu’on s’appelle la semaine suivante pour en discuter.
Pendant une semaine, j’ai gratté le papier comme une zinzin. J’ai ressorti toutes mes recherches, tout mélangé, tout déconstruit. J’ai réalisé plus de dix illustrations par jour pour pouvoir faire une sélection et envoyer celles qui me semblaient les plus justes.
Je suis littéralement devenue folle, comme possédée.Tout se jouait là. C'était le moment tant attendu, le petit rêve d'enfant qui peut éclore est devenir une réalité. J’aurais trop regretté de faire les choses à moitié, surtout avec l’une de mes maisons d’édition préférées.
À la suite de tout ce travail acharné, j’ai reçu mon seul et unique grand « OUI ».
Il en suffit d’un.
Évidemment, je n’avais pas anticipé que je devrais commencer à illustrer le livre en janvier 2025 pour un rendu en avril, alors qu’en avril débutait le projet Panthera (Les Trois Compagnes, que je viens tout juste de terminer le 13 janvier 2026).
Bref, 2025 a été une année immense. Pleine de premières fois, de joie, de sueur, de fatigue aussi.Une année intense, exigeante, heureusement récompensée.
Mais en 2026, je sais une chose : je veux bien exploser un peu, mais surtout crépiter comme un petit feu de bois constant.
Cette année, j’ai envie de réapprendre à écrire et à illustrer pour moi. Sans combustion permanente. Sans énergie empruntée. Avec plus de lenteur, plus d’écoute, et peut-être moins de fragments laissés derrière moi.

Le Tambour, présenté par Ambre Chalumeau à l'emission Quotidien (quelle dinguerie !)

Le livre obtient TTT à Télérama, la folie



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