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Épisode 8 : Des cases

Dernière mise à jour : 12 févr.


Planche de la BD "Soil Sisters" réalisée pour OXFAM & SWIFT PROJECT (2025)
Planche de la BD "Soil Sisters" réalisée pour OXFAM & SWIFT PROJECT (2025)

Ces derniers temps, alors que je devrais me réjouir du succès de mon premier livre (Le Tambour, Éditions MeMo).
 Me réjouir de la parution d’un deuxième en 2026 (Les Trois Compagnes, écrit par France Quatromme, Éditions Panthera).
 Me réjouir d’un troisième prévu fin 2026-début 2027 (Éditions Zahori) :


J’angoisse...


...Parce que le métier d’illustratrice est un métier fragile. Un métier mouvant. Un métier où chaque projet peut être une porte d'entrée, de sortie… mais aussi devenir une étiquette. Je me demande si j'aurais autant de travail que l'année passée, je me demande si, parce que j'ai publié un livre jeunesse, je vais avoir des projets autour de cette thématique seulement ? J'ai peur que ça m'enferme et que ça ne parte plus autant dans tous les sens.

Évidemment, j’ai aussi la crainte que les prochains livres ne soient pas “à la hauteur” du premier. Cette peur-là, je crois qu’elle ne disparaît jamais vraiment, et j'espère qu'elle restera d'ailleurs, car elle est le témoin de ma passion pour mon métier, du fait de vouloir m'améliorer. J'imagine que c'est bon signe de ne pas rester sur des acquis.


Je me rends compte que j'ai eu énormément de chance jusqu'à maintenant de pouvoir vivre mon métier, qu'on me contacte pour des projets, qu’on fasse confiance à mes mots et qu’on apprécie mes dessins.

C'est pourquoi j'espère en même temps ne pas avoir d'étiquette, ne pas rejeter sans le savoir des projets qui me ferait vibrer.

J’aime illustrer des articles scientifiques, économiques, féministes ou culinaires, créer des motifs pour de la papeterie ou du textile.
 J’aime participer à de grands débats visuels, écrire des BDs, imaginer des puzzles, des packagings, concevoir des affiches engagées, dessiner pour le théâtre, les musées, les cinémas.
 J’adore recouvrir les murs de dessins et faire des fresques immenses.
 Tout autant qu'écrire et illustrer des livre ou créer des décors.



Explorer.


Ce n’est pas une contradiction.

Je vois ça comme de la curiosité.

À chaque projet, j’apprends de nouvelles choses, de nouveaux enjeux, je rencontre de nouvelles personnes. Parfois même, je voyage ! C’est tellement enrichissant.

Faire un livre est finalement quelque chose d’assez solitaire : on communique évidemment avec les éditrices, mais je trouve que c’est en quelque sorte centré sur soi : que veut-on raconter ou transmettre ? Qu’est-ce que je veux apprendre pendant ce temps de création ? Est-ce que je vais me surprendre moi-même ? L'idée viendra forcément de moi, de choses que je souhaite apprendre et ou découvrir. Mais l'action de vouloir apprendre un sujet ne dépend que de moi.


Je trouve important d’avoir des projets collaboratifs, courts ou moyennement longs à côté, qui n’ont rien à voir avec l'écriture d'un livre et qui nous permettent d’apprendre des choses sur d’autres que soi, qui nous sortent de nos acquis justement, de ce qu’on sait raconter, de ce qu’on sait faire.


Ces derniers mois, j'ai reçu beaucoup de demandes liées à la jeunesse : ateliers scolaires, en médiathèques/bibliothèque, des articles jeunesses, des faire-part de naissance. Et encore une fois, je ne vais pas m’en plaindre. J’adore transmettre et j'adore rencontrer de nouvelles personnes.


Mais parfois, je me demande :


Suis-je la seule à avoir l’impression que l’on met facilement les illustrateur·ices dans des cases ?

Comme si notre métier était trop vaste, trop flou, trop hors des normes.


Comme s’il fallait le simplifier pour le rendre compréhensible.

Souvent, chez l'esthéticienne, chez le dentiste, ou mon moniteur de conduite me demande :
“Vous faites quoi dans la vie ?"


Je réponds : “Je suis illustratrice.”


Et presque immédiatement : «Vous aimez Moebius ? Personnellement j’adore !»

ou “Ah, vous faites des livres pour enfants alors ?”


Maintenant, je peux dire oui.

Et je sens le soulagement de la personne qui m'a posé la question. Elle comprend mon métier.


Je ne peux pas lui en vouloir. Si un contrôleur de Gestion m'expliquait ce qu'il fait, je crois que je serai ravie d'avoir un exemple pour comprendre ce qu'il me raconte...



Mais avant de faire des livres, c'était plus compliqué, je répondais : “Je fais des affiches, des illustrations pour la presse… c’est varié, ça dépend des client.e.s.”



Et je voyais parfois le regard se perdre, voir de la panique : cette personne ne comprend pas ce que je fais.

Souvent on me demande aussi si je gagne ma vie.

Je ne penserai jamais à demander ça à quelqu’un.e que je ne connais pas.

C’est comme si, dans notre cas, certaines règles de «politesse» ne s’appliquaient pas.


Bref, tout ça pour dire que le livre est un objet que tout le monde connaît.

Il rassure. Il cadre. Il rend le métier tangible.

On peut mettre une personne qui illustre des livres dans la case "Auteur.ice".


Mais l’illustration est plus large que ça.


En y réfléchissant, je me rends compte que chaque projet attire le suivant.


Quand j’ai illustré la couverture du magazine Axelle en 2022, j’ai ensuite reçu plusieurs projets féministes et engagés.


L'année passée, surtout début 2025, j'ai beaucoup travaillé sur des projets liés à l'agriculture.

Aujourd’hui, les projets jeunesses en attirent d’autres.

Alors, est-ce une question de style qui évolue ?


De visibilité ?


De narration que je donne moi-même à mon travail ?


Si je regarde 2025, mon année ne ressemble pourtant pas à une seule case :

Un puzzle pour La Petite Épicerie.
 Des fresques dans des écoles. 
Une couverture et des articles pour le magazine économiste MERMOZ.
 Une affiche pour le 1er mai du Parti Socialiste Belge.
Une BD sur les agricultrices avec Oxfam et Swift Projects.
 Des podcasts, des dédicaces, des faire-parts de naissance.
 Deux livres en parallèle.


C'est vivant.


Alors, afin de ne pas avoir peur de ne plus avoir de travail ou seulement dans un seul type de projet, je me suis lancée un petit défis, que je partage ici.


J'ai envie de faire une petite expérience et voir comment ma profession évolue en fonction de ce que je communique.

J’imagine ça comme quand on se lancerait dans un challenge sportif pour faire 20 km.


J’ai donc fait un « plan » sur 30 jours, "d'entrainement" à avoir des projets divers & variés :

( c'est à force de me lancer dans des challenges sportifs ou culinaires débiles et de regarder des videos de gens qui font la planche depuis le 1er janvier, je suis devenue un peu zinzin, mais soit.)


– Démarcher 3 marques / entités / personnes par jour qui n’ont pas forcément de lien avec la jeunesse.


– Publier un post Instagram par semaine (le jeudi à 18h), pas nécessairement lié à un projet jeunesse.


– Parler davantage des projets “hors livres” que j’ai déjà réalisés, parce que je me suis rendu compte que je les montre très peu.


J’ai choisi d’être indépendante pour être libre de ne pas être dans une case, et que ce n’est pas grave si mon style est différent en fonction des projets ou si je saute du coq à l’âne.


C’est ce que j’aime, et la façon dont j’ai imaginé mon métier.


On se donne rendez-vous le 11 mars pour voir ce que ça aura donné !



 
 
 

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